lundi 4 novembre 2013

Premeière partouse, trio, leçon de libertinage (5/5)


Samedi. Je me suis réveillée un peu avant midi. Hombre dormait toujours. Il m'a dit qu'il voulait prendre son temps, se reposer. Nous étions sortis tous les soirs de la semaine, jusqu'à cette apogée nocturne. Il ne se sentait pas le courage d'aller à Arles découvrir le sauna, il préférait qu'on passe la journée à se reposer, et qu'on sorte le soir.
Pourquoi pas à la nouvelle Chrysalide, à La Seyne sur Mer ? Il avait envie de retrouver l'ambiance anonyme de l'Absolu. Pour ma part, j'aspirais surtout à un bon jaccuzzi, mais comme la Chrysalide était censée faire club ET balnéo, j'ai acquiescé.

Je l'ai laissé au lit, j'ai posté un petit message de remerciement à Pierre et Alex, en « conversation de groupe » sur Facebook, et je suis sortie dans Marseille. Je voulais acheter des petits cadeaux pour les enfants qui rentraient le lendemain. J'avais remis ma robe à fleurs. Je me sentais bien, belle, forte, puissante. J'avais des courbatures et une confiance en moi à toute épreuve.
J'ai envoyé un SMS à mon amie Katia, et j'ai croqué à pleines dents dans un muffin au chocolat.
J'ai reçu un SMS.
Ce n'était pas la réponse de Katia.
C'était Alex.
Pierre avait eu un accident de voiture, cette nuit, en rentrant de chez nous.

Je me suis arrêtée, paralysée. Je me suis appuyée contre un mur et j'ai vomi dans le caniveau.
A priori, il n'avait rien de grave, il n'y avait que de la tôle froissée. Effet combiné de l'alcool et de la fatigue, il s'était endormi au volant. S'il s'était endormi quelques minutes plus tôt, alors qu'il était encore sur l'autoroute, il ne serait peut-être plus de ce monde.
J'avais honte. Un terrible sentiment de culpabilité s'est emparé de moi. Parce que nous l'avions laissé repartir.
Il nous avait dit qu'Alex et lui avaient un contrat de courtoisie, qui consistait à toujours rentrer dormir dans le lit conjugal.
Mais nous aurions pu respecter ça tout en lui suggérant de se reposer une heure avant de repartir. Nous aurions pu cesser de remplir son verre de vin aussi.
Quelques minutes avant qu'il ne parte, alors qu'on lui demandait bêtement s'il était sûr d'être en état de rentrer, il nous avait dit « - La voiture connait le chemin, elle rentrera seule ».
Et nous l'avions laissé repartir quand même.

Je suis rentrée et avec Hombre, on s'est attablé autour d'un café.
On était dans un drôle d'état. Par moments, nous étions toujours portés par l'extraordinaire énergie sexuelle toujours présente dans l'atmosphère, et nous avons fait l'amour un nombre de fois incalculables, bien souvent en se remémorant nos frasques nocturnes, en utilisant à nouveau les cordes qui étaient resté accrochées au quatre pieds du lit. A d'autres moments, nous avions des conversations plus graves et plus sérieuses. Autour des risques que nous avions pris.
Nous avions pris le risque de laisser Pierre repartir. C'est LE vrai risque.
Mais il y avait derrière l'ombre d'autres risques. A un moment, j'avais commencé à lui faire une fellation sans préservatif. Remontant à partir de la base, me disant plus ou moins que tant que je ne touchais pas le gland, tout irait bien. Et Hombre n'avait rien dit, il ne m'avait pas arrêtée.
Nous avions aussi laissé Pierre me faire un cunnilingus, alors qu'au départ, nous avions dit que ça ne ferait pas partie de nos pratiques.

Depuis deux jours, j'avais des conversations sur Internet avec la jeune Violette, qui n'était pas venue à notre repas libertin. Son compagnon et elle avaient eu des rapports libertins non protégés. Nous avons dressé ensemble la liste des différents risques liés aux rapports bucco-génitaux, les différents IST et leurs modes de transmission... Je l'ai orientée vers le CIDAG où ils iraient faire leurs tests la semaine suivante.

Concrètement, Hombre et moi n'avions pas pris de risque pour notre santé « virale ». : dans un cunnilingus, le risque potentiel est surtout pour celui qui le fait, et dans mon cas, Pierre n'avait absolument rien à craindre.
Mais il y avait le risque symbolique.
Hombre et moi avions, a priori, fixé nos limites.
Et pendant la nuit, nous les avons changées sans en parler.
Peu importe que les limites soient bonnes ou mauvaise, ou le fait qu'au final, nous en serions sûrement arrivés à accepter l'idée du cunnilingus sans protection. Peu importe que cette nuit fut époustouflante, il n'était pas question de revenir là dessus. Mais c'est le fait de ne pas avoir respecté notre « code » qui nous a semblé dangereux et à ne pas reproduire.. Le fait d'avoir perdu la tête à ce point

Cette nuit là a compté pour nous, elle nous revenait en bouffées émotives. Hombre me disait que nous ne vivrions plus jamais quelque chose d'aussi intense, d'aussi extraordinaire. Je pense qu'il a raison. C'est comme un paradis perdu : il y a l'intensité de « la première fois ». Je peux un peu comparer ça à ma première nuit avec Hombre, ou à ma première vraie sodomie. Ce moment est d'autant plus intense qu'il porte en lui la peur et l'excitation de la nouveauté. Cette nuit restera gravée en nous, c'est une certitude.

Mais jusqu'à ce que nous en reparlions, cette nuit portait aussi en elle un malaise, qui allait plus loin que le fait d'avoir franchi un tabou ou un interdit. Hombre me disait qu'il n'était pas jaloux, qu'il ne s'était pas senti en danger, mais qu'il avait l'impression que parfois, quelque chose avait fonctionné de travers. Que je m'étais retrouvée avec Pierre, à certains moments où j'aurais du être avec lui.
J'ai fini par comprendre qu'il parlait des moments creux entre deux actions, où la tension sexuelle était retombée (enfin, où elle était retombée chez les hommes, chez moi elle ne retombait jamais et chaque orgasme semblait servir de préliminaire à celui qui viendrait après, c'est sans doute une différence physiologique entre les hommes et les femmes...)

La réponse m'est apparue en discutant avec un ami conteur.
Il m'expliquait l'importance d'ouvrir et de refermer «  l'espace du conte » quand on parle à des enfants. Quand on a ouvert, par des formulettes, cet espace, on peut leur raconter des choses effrayantes, des loups qui mangent des enfants, mais il faut prendre soin de refermer cette fenêtre ensuite. Si on raconte l'histoire d'un loup qui mange un enfant, sans avoir dit une formule, pris une intonation, qui indique qu'on est dans la symbolique du conte, les enfants peuvent percevoir ce qui est raconté comme « la réalité », et faire des cauchemars.

Peut-être aurions nous du définir une sorte de « d'espace du temps sexuel ».
Je vois parfaitement le moment où cet « espace sexuel » s'est ouvert, à la fin du repas, quand Hombre a changé de musique, poussé la table, et nous a invités à danser. Mais nous ne l'avons pas refermé. Quand Pierre est parti, il était habillé, prêt à conduire, à retourner dans sa vie, alors que nous étions encore nus, nous nous touchions, nous étions encore dans « l'espace sexuel ».
Il y avait un décalage.

Sans forcément nous rhabiller entièrement, je me dis maintenant que Hombre et moi nous aurions du enfiler un peignoir, signifier clairement par cet acte là que la soirée était terminée.
Et dans ce cadre, la remarque de Pierre sur la jalousie au moment de son départ pouvait avoir un sens.
Hors de « l'espace sexuel », il n'était pas normal et pas correct que je l'embrasse sur la bouche. Lui qui était habillé et prêt à rentrer chez lui, ça l'avait peut-être gêné, mis mal à l'aise. Je me dis avec le recul qu'à ce moment là, mon comportement fut déplacé. Hombre et moi aurions du être partiellement vêtus, et nous aurions du lui faire tous les deux la bise comme lorsqu'il est arrivé, comme nous le ferons les prochaines fois que nous nous verrons.
C'est une erreur de débutant.
Hombre m'a fait remarquer qu'Alex savait sûrement ce genre de choses, que elle, elle n'aurait sûrement pas commis la même erreur. C'était peut-être ce qu'elle avait essayé de nous dire avec sa remarque sur Facebook : avant et après le « temps du jeu », on ne joue pas. Sinon, ça devient compliqué.
.
J'ai repensé à Wismerhill, qui m'avait parlé de leur principe « au téléphone, les hommes parlent aux hommes, et les femmes aux femmes ».
Ces limites artificielles sont des symboles, les garde fous que se fixent des personnes seules, ou des couples, pour conserver une partie de contrôle, et être sûrs de ne pas faire des choses qu'ils regretteraient par la suite. Ce ne sont pas les limites en elles mêmes qui comptent, c'est le fait, pour le couple, de les fixer ensemble, de pouvoir s'appuyer sur elles.

Alors voilà.
Voilà que cette liberté libertine, pour nous, allait s'accompagner de règles ?
Pas de règles qui contraignent, qui remplacent un carcan par un autre, mais de règles qui libèrent car elles rassurent et nous protègent.
A ce moment là je me suis dit que définitivement, nous ne serions pas dans le camps des « sans prise de tête » qui nous fait tant rire chaque fois qu'il apparaît sur une fiche. Pour Hombre et moi, la tête sera toujours bien vissée sur les épaules, et prendra sa part dans nos futures rencontres, quelles qu'elles soient. Sinon ?
Sinon la peur du chaos m'empêcherait sûrement de continuer.

Nous avons passé des heures à parler. A décider de ce qu'on accepterait à l'avenir ou pas, en club ou en privé, les pratiques sexuelles, les protections, et surtout, à se dire qu'on ne dérogerait jamais de nos règles au milieu d'une soirée. Si ces règles nous semblent mauvaises nous en discuterons, à deux, comme un débriefing, nous les changerons peut être ensuite, mais plus tard, pas dans le feu de l'action.

Samedi soir nous sommes allés à la Chrysalide. Le lieu était très chouette mais nous n'étions pas dedans, nous avions comme une over-dose sexuelle, même si j'ai beaucoup apprécié le fait de m'habiller de nouveau hyper sexy, et de danser de façon très suggestive, tout en gagnant des cadeaux Freixenet, la boisson de Barcelonne...
L'effet boomerang de notre extraordinaire « soirée trio » commençait à se tasser un peu. On allait récupérer les enfants, on avait tout mis à plat.
Pourtant, un léger malaise persistait encore en moi, je l'ai confié à Hombre.

- Tu as passé une nuit pleine de plaisir n'est-ce pas ?
- Oui.
- En partie parce que tu le désirais ?
- Oui, bien sûr que je le désirais, c'était évidement autre chose que les mecs que j'ai sucés en club jusqu'à présent.
- Tu ne dois pas te sentir coupable de ça. Moi j'ai aimé que tu fasses l'amour avec un homme que tu désires.

Merde. Il avait raison. Je ressentais bien de la culpabilité. D'ailleurs, je crois que cette culpabilité était là même avant que nous ne passions à l'acte.
Par une influence tortueuse de mon inconscient, dans mon esprit, il était tout à fait acceptable que je baise avec des inconnus qui ne m'attirent pas vraiment, mais éprouver du désir pour quelqu'un d'autre que l'homme que j'aime, que je passe à l'acte ou pas, ça, ça n'était pas toléré. Cette putain de culpabilité ancrée en nous, on ne s'en débarrasse pas comme ça. Au fond de moi, c'était comme si j'avais l'impression d'avoir fait quelque chose de mal, d'immoral. Je me sentais adultère.
Hombre a repris :

- Tu le désires encore ?
 - Moins intensément, c'est sûr. Quoi que... J'en sais rien. Mais oui, je crois, je le désire encore.
- Ça t'empêche de me désirer, ou de désirer d'autres hommes ?
- Non, au contraire. J'ai envie de te sauter dessus à n'importe quel moment, et je ne peux plus croiser un homme dans la rue sans me demander si j'aimerais coucher avec lui... Je deviens une vraie nymphomane, c'est épouvantable !!!
- Alors tu vois bien que tout va bien. Désire autant d'hommes que tu veux ma belle. On le reverra. Ou on en trouvera d'autres. Tu t'habitueras. Tu as le droit de désirer qui tu veux.

Il a suffit qu'il me dise ça pour que la culpabilité s'envole, c'est comme si j'avais besoin de me sentir autorisée. Comme si j'avais besoin que LUI m'y autorise pour me sentir à nouveau bien.
Pour que le soleil réapparaisse derrière les nuages.
Pour qu'à nouveau je repense à cette nuit sans honte, mais avec joie.
Qu'elle reprenne sa place presque sacrée dans notre parcours.
Voilà deux jours que je n'assumais pas, que j'essayais de salir de mes doutes le souvenir de notre nuit, de la réduire à un vague moment où on aurait juste oublié de soit-disant règles primordiales...
Alors que c'était juste ça en fait.
Une question de culpabilité...

Nous avons des projets.
Nous avons des projets avec les enfants : fêter halloween avec les cousins. Les inscrire au stage de voile, pour qu'ils naviguent dans la rade de Marseille. Trois jours de randonnées dans les mélèzes à la Toussaint. Une oursinade au bord de la plage avec les amis le WE prochain. Une grosse fête familiale à Noël. Un séjour au ski en février. Du camping pleine nature à Pâques.
Et tant de ces belles choses que nous offrent la vie et la nature, qui heureusement, ne se résument pas au sexe.

Nous avons des projets.
Nous aimerions rester amis avec Alex et Pierre, que nous apprécions énormément, indépendamment de notre soirée trioliste. Sortir en club avec eux, même si nous ne couchons pas ensemble, juste parce que sortir entre amis, ça peut être plus sympa que de sortir seuls. Nous souhaitons découvrir le sauna de Arles, retourner à la Chrysalide, au Moulin, au Vahiné.
Retourner au gîte libertin ou en tester un autre, voire un camping libertin qui a l'air intéressant... au printemps ?
Retourner au Cap d'Agde, au bal des Fantasmes, aux prochaines Freedom Night, aux apéros libertins, saisir les opportunités qui s'offriront à nous...
Je veux aller rencontrer ma copine Karamel. Je le ferai.
Nous voulons voir pour de vrai Wismerhill, ou continuer à nous rater avec la même régularité (ils sont bien sûrs de sortie et sans enfants la semaine où nous récupérons les nôtres).
Revoir Anna et Franck, qui semblent débordés par leur vie et ne donnent plus de nouvelle.
Jean-Marc et Aurélie, et parler avec elle de ses raisons d'avoir été libertine puis d'avoir cessé.
La jeune Violette et ses craintes médicales.

Surtout, j'aimerais un jour voir mon homme avec une autre femme, et peut être échanger aussi des caresses avec cette femme là ou avec une autre. Ou le voir avec un homme.
Je pense beaucoup à Sophie et Thibault, nos timides amis du Cap d'Agde qui semblent tant nous apprécier. Maintenant que j'ai gagné en confiance en moi, que j'ai compris des choses, comme l'importance de parler et d'être entreprenant, je me dis que la prochaine fois que nous nous verrons, je provoquerais un tête à tête avec Sophie pour sonder leurs désirs. Sait on jamais ?

Nous nous sommes réinscrits sur des sites de rencontre, de façon différente de la première fois. Nous ne nous présentons plus comme débutants et annonçons clairement ce que nous y recherchons : nous privilégions la qualité relationnelle, nous voulons crée des amitiés libertines, pour les « one shoot » que nous apprécions aussi, nous savons très bien dans quels clubs nous rendre et n'avons pas besoin d'Internet.

Nous sommes libertins.

C'est une chose qui m'a transformée, qui a transformée mon couple, qui, je l'espère, nous transformera encore.
Notre vision du monde est plus large, plus tolérante, moins stéréotypée. Même si nous avons conscience que la fréquentation de certains milieux libertins peut renforcer certains stéréotypes, ce n'est pas notre cas.
Mon rapport à mon corps, à celui de l'autre, à ceux des autres n'est plus le même. Il est plus mature. A la fois plus simple, et plus respectueux, car je n'y mets pas mes projections mentales. Et parce que j'ai appris à prendre soin de moi.

La vie est si longue et nous avons encore tant d'envies, et tant de choses à découvrir.
L'avenir nous semble radieux.

FIN

Première partouse, trio, leçon de libertinage (4/5)


Episode 4 : Une nuit inoubliable.

Hombre est rentré tôt ce soir là.
Il m'a fait un massage, nous avons aménagé l'appartement.
Dans le salon, nous avons déplié un grand futon, en L avec le canapé en cuir, puis mis la petite table avec trois chaises. J'ai tendu une grande tenture indienne sur le mur pour cacher les dessins des enfants, et j'ai fait disparaître tous les jouets du salon.
Je pensais que nous n'utiliserions pas la chambre conjugale mais au cas où, nous l'avons rangée à fond et changé les draps.
Nous avons détartré à l'acide chlorhydrique les WC et la baignoire, et j'ai mis de l'huile essentielle de lavande dans des petites coupelles d'eau.
J'avais fait les courses le matin, entre le nesquik pour les enfants et les surgelés, il y avait de la solution dentaire, comme on en trouve en club pour se rincer la bouche, et des préservatifs à la fraise. J'ai du faire trois pharmacie en plus du Casino pour en trouver qui soient uniquement parfumés, et pas un mix de préservatifs parfumés, cannelés, phosphorescents, etc. J'ai pensé qu'il faudrait faire nos achats de préservatifs sur Internet, comme tous les libertins que je connaissais sur le Forum.

Je ne savais pas comment m'habiller. Hombre voulait que ça soit simple, que je puisse facilement être nue. Pas de bas, pas de porte jaretelle, pas de « déguisement clubbing ».
Il suggérait une simple nuisette. Je trouvais ça trop déshabillé.
J'avais un trac immense, toutes les cinq minutes je regardais Hombre qui comprenait et me répondait en souriant «- non non, on ne recule pas maintenant... »
J'ai fini par opter pour une grande robe à fleurs des années 70. C'est une robe que j'aime beaucoup et que j'ai depuis des années. Dedans, je me sens belle. Elle est extrêmement décolleté, le jersey extensible moule les hanches et une partie du ventre, mais comme elle est ensuite évasée, ça ne le fait pas ressortir. Les fesses, comme le ventre, sont aussi partiellement camouflées. Je suis comédienne et slameuse à mes heures, je porte généralement cette robe quand je lis, sur scène, de la poésie érotique. Dedans, je me sens sensuelle tout en étant moi, je suis quelqu'un que je connais, alors que dans les tenues sexy, je me sens « déguisée en libertine ». En club, j'ai besoin de ce déguisement, de jouer. Ce soir là au contraire, j'avais besoin d'être honnête, qu'il y ait une sincérité. Je voulais dire à ces deux hommes « Voilà qui je suis, je suis comme ça. M'acceptez vous comme ça ? Me désirez-vous comme ça ? »

Je me suis à peine maquillée. J'ai mis une fleur dans mes cheveux. J'ai demandé à Hombre d'enlever son polo que je jugeais trop sport, et de mettre une chemise noire, que je pourrais ensuite ouvrir très lentement, bouton après bouton.

Puis Pierre a sonné en bas de l'immeuble.

La question que je me pose d'abord, c'est si j'ai envie de décrire cette nuit là, de partager le cadeau extraordinaire qui m'a été fait. Qui nous a été donné à tous les trois. Est-ce que je veux rendre à nouveau public quelque chose qui m'est si intime, après le mal que j'ai eu à gérer les retour de mes derniers écrits ? Car j'ai l'impression que oui, je veux bien en parler, mais que je ne supporterais pas le moindre commentaire, la moindre remarque ou conseil sur la façon dont nous nous y sommes pris, dont nous aurions du nous y prendre. Cette nuit fut parfaite, et même s'il y eu sûrement quelques erreurs ou maladresses de débutants, ça ne fait que me la rendre plus chère et plus précieuse à mes yeux.

La question que je me pose ensuite, c'est si je suis capable de décrire cette nuit là, de rendre l'émotion qui nous étreignait, la beauté et la douceur de ce que nous avons partagé. Car la réduire à la liste des pratiques ou postures sexuelles toujours plus hards qui se sont enchainées pendant des heures, la dénaturerait de son essence, rendrait vulgaire ou grossier quelque chose qui fut magnifique.

Pendant le temps du repas, je fus relativement silencieuse. Un peu ailleurs, dans l'attente et dans la crainte. J'étais tellement timide. Rien qu'en faisant la bise à Pierre quand il est entré je tremblais comme une feuille. Hombre avait choisi plusieurs CD de jazz, allumé une bougie parfumée à la figue, entretenait une ambiance « Lounge et cosy», pour reprendre ses termes.
De quoi parlaient-ils ? Je ne sais même plus trop, je flottais, ailleurs... Je n'arrivais pas à manger quoi que ce soit alors que j'avais préparé un petit apéritif dinatoire plutôt sympa.

Ah si, ils parlaient de musique. Et ils parlaient de libertinage aussi. Pierre expliquait qu'avant de rencontrer Alex, il s'était sorti d'une relation exclusive, jalouse et aliénante et qu'il s'était dit « plus jamais ça ». Après ça, avant qu'Alex n'entre dans sa vie, il avait plusieurs copines en même temps, mais en étant honnête avec chacune. Il disait « ne pas croire à la fidélité car il tombait amoureux toutes les cinq minutes », il parlait de « polyamour ».
Tout cela était si loin de ma réalité, moi qui ai tellement de mal à tomber amoureuse, qui ai vécu une adolescence sans avoir réellement de petit copain. Tomber amoureuse ? Ça m'est réellement arrivé deux fois dans ma vie. Une fois à 17 ans, quand j'ai rencontré mon ex mari, puis une fois à 30 ans, quand j'ai rencontré Hombre. Ce sont les deux seuls hommes avec lesquels j'avais fait l'amour, jusqu'à ce que le libertinage entre dans notre vie. 
Les deux seuls hommes que j'ai aimés, je les ai épousé, j'ai eu des enfants avec eux. Aujourd'hui encore, après bientôt sept ans de vie commune, je suis tellement dépendante de ma relation fusionnelle avec Hombre, que lorsque la vie nous sépare pour un WE ou une semaine je n'arrive pas à dormir, je cherche son odeur et la chaleur de ses bras, je suis mal. Je m'abrutis dans l'hyper activité pour survivre au manque de lui.

Qu'est ce que l'amour ?
Il doit forcément y avoir une différence entre un petit battement de cœur qui cède la place à un autre et ce que je ressens pour Hombre. Déjà, il y a une différence entre le tendre amour conjugal que j'ai ressenti pour mon ex mari, dont il persiste encore quelques traces aujourd'hui, et la forme d'aliénation et de dépendance qui m'attache à Hombre.
Je n'arrive pas à croire que ceux qui tombent souvent amoureux puissent connaître la même violence passionnelle à chaque fois. Il me semble que même sans être cardiaque, aucun cœur humain ne peut s'en remettre.
Tomber amoureux chez moi, ce n'est pas compatible avec le fait de travailler, de se concentrer, de lire, d'écouter de la musique, de faire quoi que ce soit qui ressemble à une « vie normale ». C'est un état perturbant qui, si il se prolonge trop, rend impossible toute vie sociale. Tomber amoureux, chez moi, ça comporte plus de douleur que d'autre chose, c'est un passage difficile à franchir pour accéder à l'Amour. Serait-il possible de vivre, de survivre au quotidien, en subissant ces assauts sentimentaux permanents, en les enchainant les une après les autres ?
Probablement que ces personnes là sont plus indépendantes et plus autonomes, moins esclaves de leurs sentiments que je ne le suis. Peut-être aussi que je me complets dans cette dépendance là, que j'aime me penser incapable de vivre sans mon homme, j'aime entretenir le tumulte et la folie de nos sentiments.

A quoi se résument les sentiments ? Peut-il y avoir du désir sans sentiments ?
Oui, bien sûr. Il peut y avoir du désir à l'état brut, à l'état animal, une envie de sexe bestiale. La partouse dans laquelle nous nous étions retrouvés à l'Absolu en était l'exemple type.

Mais il y avait aussi ce doux entre-deux, entre le roman sentimental et le roman pornographique, et c'est ce qui se passait ce soir là autour de cette table.
Pas de sentiment, en tous cas pas de sentiment amoureux même s'il y avait du respect et de l'amitié. Mais de l'émotion en plus du désir physique.
Une émotion assez forte, qui m'empêchait de déglutir, un peu comme quand on écoute un opéra magnifique et que les larmes viennent aux yeux sans qu'on ait compris pourquoi, ou qu'on a la gorge nouée face à un coucher de soleil éblouissant. C'est cette émotion qui me donnait envie de connaître Pierre, et pas seulement de l'utiliser comme un objet sexuel. Qui me donnait à ce moment là envie de caresser sa peau, de découvrir son corps, mais aussi une partie de son âme. Je ne voulais pas seulement prendre tous le plaisir qu'ils voudraient m'offrir, mais leur en donner. A tous les deux. Je me sentais généreuse.
A un moment, Hombre a débarrassé la table. J'ai demandé si ils voulaient du dessert et Pierre a dit :
« - Je croyais que c'était toi notre dessert... »
Et tout a commencé.

Non, je ne peux pas parler de ces instants là.
Bien sûr j'aimerais les lire et les relire à l'infini, pour pouvoir me donner l'illusion de les revivre, les fixer à l'encre indélébile pour qu'ils ne s'effacent jamais... mais je ne peux pas en faire de description obscène ou gynécologique.

Ma langue a encore le goût de cette alternance de dures douceurs : d'un côté l'érection de Pierre, lisse et sucrée, enveloppée dans du latex à la fraise ou à la banane, et de l'autre celle de mon homme, salée, nue, chaude et vibrante. Mon corps se souvient de ces deux bâtons de chair qui étaient en moi à quelques millimètres l'un de l'autre, séparés juste d'un fine cloison de muqueuses, imprimant leur rythme dans mes reins. Mon esprit s'enflamme quand je me revois, les yeux bandés, attachées sur mon lit, livrées à des caresses et des assauts de mains, langues, pénis, que je différenciais toujours rien qu'au toucher ou à l'odorat. Mon cœur s'arrête de battre dans ma poitrine quand je regarde mon canapé et que je repense aux puissants plaisirs sodomites qui s'y sont succédés, qui l'ont déplacé de plus d'un mètre et qui ont du réveiller les voisins.

Face à moi, deux hommes, deux îles, dans l'océan de mon désir.

L'une est ma maison, c'est l'île où j'habite, c'est le corps de l'homme que j'aime. Je le connais par cœur, je sais le moindre de ses recoins, les endroits où sa peau est plus rugueuse, ceux où elle devient plus moite. J'aime ce territoire, ses biceps très renflés et durs aux veines saillantes, la peau de son ventre, plus souple, plus indolente. Je connais toutes ses odeurs qui m'enivrent et qui m'appartiennent un peu. L'odeur fauve de ses aisselles, où j'aime enfouir mon visage. Celle, plus acide, de ses orteils, que j'aime sucer un à un. L'odeur douce de pain chaud qui se cache sous ses testicules, celle plus musquée aux saveurs métalliques quand je n'aventure entre ses fesses pour y enfoncer ma langue . Et tous ces mélanges qui composent sa gamme olfactive, qui me font le reconnaître dans un pièce même si je ne l'ai pas vu, car mon corps réagit à l'instinct, le « sent », sait quand il est là ou pas. Cette île est mon refuge, mon port d'attache. Elle sera mon phare dans les tempêtes qui vont me traverser.

L'autre île est à découvrir, elle est neuve sous mes mains, et la pulpe de mes doigts la parcoure, essaye de l'appréhender, et se délecte de la nouveauté. Mes mains glissent sur son corps et je voudrais ne jamais arrêter de le caresser, toujours m'éblouir de cette sensation nouvelle et délicieuse. C'est une île mystérieuse, qui gardera certains de ses secrets. Ce corps là ne me livre pas ses odeurs humaines, il a composé pour moi une agréable palette artificielle, un mélange de parfum, de tabac, et en son centre, les odeurs et gouts fruités, de fraise de banane ou de pomme, que j'y ai moi même déposé. Ce corps inconnu me fascine, m'intimide. Au début, je n'ose même pas le regarder, juste la peau contre la peau qui découvre une cicatrice, le renflement d'un muscle abdominal qui roule sous ma paume. Il n'a pas une once de graisse, c'est un corps sec, ferme et musclé, comme les arbres méditerranéens qui vivent dans une terre aride. Cette île est peuplée de figuiers, d'oliviers. Ma langue prend le relais de mes mains. Puis finalement nos regards se croisent, mon cœur s'emballe, et j'accepte l'idée que cet homme va me faire sienne. Mon regard croise ensuite celui d'Hombre, troublé, qui me dit silencieusement qu'il l'accepte aussi.

L'un puis l'autre. L'un et l'autre. L'un sans l'autre ou l'un avec l'autre. A deux, à trois. Pas de règles fixées, pas de carte marine pour aller d'une île à l'autre, d'information sur les conditions de navigation, de regard vers les étoiles. Nous évoluons à l'aveugle, à l'inspiration. Et ça fonctionne.
Pour moi, ça fonctionne surtout parce que je me laisse complètement aller, et ce, parce que je ressens une confiance totale. La seule confiance en Hombre, dont je ne doute pas un instant de la capacité à me protéger et à être toujours là pour moi, n'aurait pas suffit à un tel abandon. C'est parce que j'ai découvert que je faisais aussi totalement confiance à Pierre que finalement tout est allé beaucoup plus loin que ce qu'Hombre et moi avions imaginé, que ce que nous avions fantasmé.
Ça fonctionne aussi parce que ces deux hommes s'entendent, se respectent, se parlent.
La soirée reste en tout moment drôle , joyeuse et légère.

Malgré l'impudeur et la très grande intimité que nous avons partagé, des timidités restent. Hombre me connait, il connait mes désirs mieux que moi même, je n'ai donc pas besoin de lui en parler. Il les a toujours devancés. Il m'a fait découvrir ce que j'aimais sans le savoir. Pierre est heureusement plus prudent. Nous resterons dans une forme de douceur et de légèreté, je n'ose pas lui demander d'aller plus loin, ni l'interroger sur certains désirs qu'il pourrait avoir ou pas.
Peu importe. Plus tard, une autre fois peut-être. Ou peut- être pas. Peut-être aussi que certaines choses doivent rester au sein du couple, et que c'est très bien comme ça. Je ne sais pas. Hombre saura. Hombre me dira.

La nuit s'est étirée comme un voile de brume sur une mer bretonne. Je repense à Jean David quand il s'accompagne au luth et qu'il chante « Chir Achirim », le « Cantique des cantiques »

    • Qu'il me baise des baisers de sa bouche ! Car ton amour vaut mieux que le vin
    • Tes parfums ont une odeur suave ; Ton nom est un parfum qui se répand ; C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.
    • Entraîne-moi après toi ! Nous courrons ! Le roi m'introduit dans ses appartements... Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi ; Nous célébrerons ton amour plus que le vin. C'est avec raison que l'on t'aime.

« Ton amour vaut mieux que le vin ». Jean David, lui, disait « Ivre de toi plus que du vin ». C'est ce que je ressentais. Une ivresse qui n'était pas seulement liée à mon taux d'alcoolémie, même si celui-ci était certainement élevé, une ivresse de sexe et d'amour. Une langueur d'épuisement.
Pierre s'est rhabillé, nous sommes restés nus.

Au moment où il est parti je lui ai tendrement baisé les lèvres. Je ne sais pas pourquoi, un reste de désir ou une façon de le remercier. Il a regardé Hombre et lui a dit :
«  - C'est maintenant que tu devrais être jaloux »
Sur le coup, je n'ai pas compris ces paroles. Il n'y avait peut-être rien à comprendre d'ailleurs, nos étions grisés, rendus fous par cette nuit, nous disions un peu n'importe quoi. Mais plus tard, elles m'ont fait peur.
Sa voiture est partie dans la nuit, Hombre et moi nous sommes encore enlacés, nous sommes encore aimés, jusqu'au petit matin.

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Première partouse, trio, leçon d elibertinage (3/5)

 Première partouse, trio, leçon de libertinage
Une semaine de vacances libertines sans enfants, racontée en cinq épisode :
Episode 5 : retour à la réalité, leçon de libertinage et culpabilité.


Episode 3 : Un contraste colossal (par Hombre)

« Elle avait envie de trio. Je le savais depuis quelques temps mais je restais prudent. Un autre homme et toi pour seule femme ? HHF ?? Attends, je vais sur le net : excitant, finalement. En image. Pourquoi pas... aah, c’est bon. Vite un mouchoir !
Quelqu’un l’a su très vite et proposé ses humbles et virils services. Déjà ? Ma femme est efficace et c’est souvent une qualité... Mince alors !, fit-elle, tu sais, Untel a saisi cette perche pourtant fort négligemment tendue !  Quelle perche ? Il y avait une fenêtre. Nous pouvions facilement saisir la perche qu’on nous tendait en retour. Concours de perches tendues. Bon. La mienne sera-t-elle au rendez-vous ?

Plan : jour Jeudi on le reçoit ; jour J + 1 au club, diner et plus si… Ah bah non, il travaille le J+1, donc trio le Vendredi soir c’est mieux pour se reposer le lendemain. D’accord : club le jour J et trio à la maison le J+1=V, veille de WE. On est sans enfants cette semaine, il faut en profiter !

Aller en club les jours J, initialement jour T comme trio, est une bonne idée pour expérimenter la plurimâlité (toux inquiète) puisque c’est une soirée mixte, n’est-ce pas ? Sans doute l’ai-je vaguement pensé, mais aujourd’hui j’ai de graves réserves à émettre. Le J vire au
H++ quand les clubs sont déserts. Et trop de H tue le T.
(pour les nuls : H = homme, H = homme, F=femme, J = jeudi, V=vendredi,
T = trio)


Nous avions réservé pour le diner. Rien de tel pour rencontrer des gens, se dit-on. Trois femmes, dont deux très expérimentées, un peu élimées même, servaient d’apériscopes à sept samouraïs de bas étages, sabres entre les dents, dont je me pensais le plus distingué… sans
rire. A notre table ronde des regards plus cavaliers que chevaliers pesaient sur ma compagne et m’enfonçaient dans une réticence presque haineuse, peu libertine au vrai.  Jamais je ne me suis senti aussi « mâle » en club, du genre de ceux qui interdisent l’accès à la femelle.
En conséquence, un jeune fringuant qui cannibalisait ma protégée des yeux depuis notre entrée s’est rabattu pour la danse sur une quinqua apprêtée pour la soirée, disons même rafistolée, en désespoir de cause. Le spectacle virait au glauque avec les arrivées tardives des bites errantes, suintantes, de quelques messieurs Jourdain de PMU.

Pour sauver la fête, un couple qui n’avait pas diné avec nous affichait des arguments plus convaincants. Ces deux là dansaient indifférents aux prédateurs environnant. Nous, Pando et moi, nous sommes retranchés dans la pénombre, assis dans un coin, en observation. La danseuse exhibait un joli corps, peut-être un peu retouché. L’homme portait sportivement sa capillarité grisonnante et sa tenue, sobre et ajustée, ne trahissait rien de vulgaire. Le regard de ma triophile m’a suggéré qu’on aurait pu tenter résoudre la quadrature d’un cercle (fermé bien sûr !) avec eux.  La femme nous a d’ailleurs lancé un regard ostensible alors qu’elle ignorait, superbe, la parade lourdaude et musquée des mâles en rut. Il fallait une femme pour en attirer une autre ce soir là ! Mais l’intention est restée vaine. J’étais en fuite. L’homme du couple ne voyait que sa belle qu’il aurait sans doute suivi jusqu’à nous, pour elle, mais tant pis. Je sentais que je ne banderais pas. Nous sommes sortis, soulagés.

Le libertinage est un joli mot, comme tous les mots qui vantent leur racine
libertas, mais il n’est pas certain que ceux qui le pratiquent soient toujours des gens libres. On voit dans quelle forme d’aliénation hormonale le libertin peut se complaire. A cet égard, les clubs me semblent être des pièges potentiels comme tout dispositif qui organise des rencontres « affectives ». On y voudrait trouver ce qui manque, éternellement. Ou alors, c’est sur-joué. Une partition règlemente le comportement des joueurs qui, s’ils ne savent pas s’en affranchir une fois assimilée – comme on improvise dans un grille en musique -, suivent les prescriptions à la lettre, s’appliquent à reproduire les « bons gestes », s’en tiennent au mode d’emploi. On les voit à l’occasion rappeler leurs convives à la règle. C’est tout le problème de l’éthique. Dès l’instant qu’on en écrit un précis de bonnes conduites, on la rend tyrannique. En définitive, les relations organisées, mises en scène, ne jouissent d’une liberté que très surveillée à l’image de ces gens – dont nous sommes avec plaisir – qui copulent en club sous le contrôle voyeuriste d’un public averti. Cela dit, la liberté n’est pas la recherche première du libertin, mais bien plus une ouverture sexuelle, et seulement sexuelle, au regard de la norme d’exclusivité conjugale.

Suspendons cette digression puisque trop de questionnement nuit au « lâcher prise », au laisser-aller que prônent volontiers les pourfendeurs de « prise de tête » (encore) que sont les amateurs de cul prétendument décomplexés. Je les envie.
Le jour J+1 est venu à son T... Au soir, nous avons reçu un homme à la maison dans l’intention officielle de faire l’amour à trois. Comme pour le film de Frédéric Fonteyne « une relation pornographique » (1999), vous ne verrez pas les scènes les plus intéressantes. Le cinéaste nous a laissé deviner, derrière la porte fermée de leur chambre d’hôtel, l’intensité des transports sexuels des amants. Il m’est difficile de décrire le détail des ébats, une autre en dit déjà beaucoup.

Ce soir là nous avons joui, vraiment. Mon épouse n’en était pas la moins « comblée ». Il s’agissait d’une première expérience HHF pour tous les trois, un dépucelage. Je connaissais l’homme. Je l’ai invité le mieux possible à profiter de la soirée, cela avec joie. Le contraste avec la nuit précédente a été colossal.

Elle a eu peur, dépassée par ses désirs, débordée par la jouissance. L’amour était permis. Etait-ce dangereux ? Une fragilité était apparue, un équilibre s’était précarisé, la folie menaçait de prendre part à l’histoire. Si notre lien n’avait pas été si fort, nous aurions subi un contrecoup déstabilisant. Le libertinage nous éprouve. Mais il n’a rien à compenser ou réparer d’un désir qui s’est consolidé dans le temps entre nous deux. Il nourrit le « goût des autres » et, parallèlement, stimule notre amour d’une folle dynamique. Notre rencontre avait cette intensité.

Hombre. »

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Première partouse, trio, leçon de libertinage (2/5)

 Première partouse, trio, leçon de libertinage
Une semaine de vacances libertines sans enfants, racontée en cinq épisode :
Episode 5 : retour à la réalité, leçon de libertinage et culpabilité.

Episode 2 : Avant le trio, une soirée ratée au moulin, et de nombreux doutes...

Lundi matin. Nous avons fait la « grasse matinée » jusqu'à 7H30. Nous n'avions pas d'enfants à lever, pas de maison à ranger... Nous étions obsédés par cette idée d'un trio avec Pierre. Hombre passait son temps à faire des allusions, nous faisions des mises en scènes rigolotes, il me disait « tiens, tu vas « nous » servir des boissons sur la table basse. Prend ce tablier, ce plateau, entraine toi, penche toi bien en avant... »
Dans la journée, je me suis connectée du boulot pour laisser un message à Pierre, précisant qu'on « souhaitait lui faire des propositions indécentes ». Le soir, il a répondu par SMS sur mon portable. Hombre et moi étions à une conférence au MUCEM pour la marche des droits des beurs, c'était très drôle de recevoir ça à ce moment là. Il nous proposait de passer le soir même. Nous n'avions pas prévu ça comme ça. Nous avons hésité mais nous avons eu trop peur, surtout Hombre, qui pensait qu'organiser la rencontre chez nous lui donnerait un certain pouvoir sur la situation.
En rentrant de la conférence, nous nous sommes connectés, Hombre a décliné l'invitation pour le soir même et il a arrangé avec Pierre un RV pour le Jeudi. En fait, Hombre n'est pas très branché ordinateur, c'est donc moi qui ai ouvert nos comptes, qui sont sensés être des comptes communs, mais que gère car je suis tout le temps fourrée sur l'ordinateur. En général, le soir, je laisse les comptes ouverts (le compte Facebook ou le compte Gmail) pour qu'il puisse lire, je lui précise parfois ce qu'il faut lire, et selon la personne et le message, c'est soit lui, soit moi qui répondons, en précisant à nos interlocuteurs qui est au clavier.

Lundi nous étions au MUCEM, Mardi j'avais danse africaine, Mercredi nous avions une pièce de théâtre prévue avec des amis « verticaux » et Jeudi la soirée trio avec Pierre, ce qui nous convenait, Hombre et moi ne travaillant pas ce Vendredi matin.
Pour profiter au maximum de cette semaine sans enfants, nous pensions donc sortir aussi le Vendredi soir, au « Moulin aux anges », où la soirée, repas compris, est gratuite pour les couples. Hombre était un peu impressionnée à l'idée d'une sortie en club un soir « mixte » (c'est à dire où, en plus des couples, on peut trouver des hommes seuls), mais Wismerhill, le « couple que nous ne rencontrions jamais », nous avait assuré qu'il y avait beaucoup de monde le Vendredi soir, avec au moins 2/3 de couples, et qu'ils y avaient toujours passé d'excellente soirée. Après ça, nous projetions d'aller passer la journée du Samedi à Arles où nous testerions le fameux Sauna.

Mardi matin, en me connectant sur Facebook, il y avait un nouveau message de Pierre, qui proposait de reporter notre soirée trio du Jeudi au Vendredi. Le voir écrit noir sur blanc me faisait quelque chose de bizarre. Quelque chose qui disait « c'est pas du bidon, cette soirée va vraiment avoir lieu ! » et il y avait comme un compte à rebours qui s'est installé dans ma tête. J'essayais par tous les moyens de penser à autre chose, mais je ne pensais qu'à ça... Au boulot, c'état insuportable pendant les temps morts, quand les enfants font la sieste, sinon, j'étais suffisament occupée. A la danse africaine, j'ai dansé jusqu'à en tomber, trempée de transpiration ; à la soirée théâtre, j'ai bu plus que de raison.

Cette excitation affolante et permanente n'était pas liée à Pierre en lui même. Enfin si, probablement un peu quand même, le fait qu'il soit un homme séduisant, que nous ayons confiance en lui et qu'il partage notre envie avait son importance. Mais j'étais surtout dévorée par le feu de mes fantasmes. J'ouvrais les yeux sur une réalité que je savais déjà : j'avais des fantasmes de trio HHF, et des fantasmes de pluralité masculine, depuis toujours. Dans mes premiers émois adolescents, je ne rêvais pas d'un homme, mais de deux. Quand j'ai commencé à regarder mes premiers films pornographiques, c'était toujours les scènes de sodomie qui m'attiraient, puis, celles de double pénétration. L'image d'une femme prise par l'anus, le vagin, et avec un troisième sexe dans la bouche me mettait dans tous mes états.
Avant de connaître Hombre, ces fantasmes étaient inavoués. C'était mes images mentales que je faisais apparaître dans ma tête quand, honteuse, je me masturbais en secret.
Puis Hombre a bouleversé ma vie, mon cœur, et ma sexualité. Je lui ai parlé de mes fantasmes, qu'il soupçonnait car certains apparaissaient dans les nouvelles érotiques que j'écrivais. Le jour où la sodomie a cessé d'être juste un fantasme, où pour la première fois, après avoir très longuement préparé mon anus de sa bouche, il y a introduit son sexe, reste un moment inoubliable, où j'ai eu l'orgasme le plus fort de ma vie avant de m'écrouler en sanglots pendant presque une heure, et où j'ai réalisé que, peut-être, certains de mes fantasmes pouvaient devenir une réalité.

Hombre ne me sortait pas de mon obsession, bien au contraire, il la partageait et la décuplait. Le matin, quand je me connectais, j'envoyais des petits messages à ceux qui étaient en ligne, et souvent Pierre en faisait partie. Le soir, s'il était toujours en ligne, c'est Hombre qui prenait le relais d'une petite phrase amusante, pour « maintenir le lien ».

Pendant ce temps, un autre événement m'a un peu détournée de cette focalisation sur ce trio, tout en restant dans le domaine du libertinage : le succès de mon dernier récit sur la bal des fantasmes.
Oui, mon blog était lu. Je le savais même si je m'en étonnais chaque jour : il ne comportait aucune photo, que des textes assez longs, plutôt littéraires, dans lesquels, finalement, le sexe n'était pas si présent. Ça ne dit rien des lectures en elles mêmes, mais je n'avais jamais moins de 100 connections par jour, avec des pics à 500 ou 600 les jours où je publiais un texte. Mais le bal des fantasmes a provoqué autre chose : des gens m'écrivaient via le blog. Des gens de la région, qui me félicitaient pour mon écriture, celle d'Hombre, mais qui voulaient nous rencontrer. C'était extrêmement troublant.
Certe, le blog nous amenait des contacts plus intéressants pour nous que les sites de rencontre (nous n'avions pas d'élitisme financier, mais probablement un certain élitisme cérébral). Mais c'était aussi gênant. J'avais l'impression de m'être dévoilée plus que jamais dans ce dernier texte, j'avouais les quelques discordances rencontrées avec Hombre, mon malaise.
Et tout ça se voulait anonyme, mais je n'étais plus si anonyme non plus.

Sur le forum, on commentait mon texte, mais on commentait aussi ma sexualité, nos choix jugés trop « disparates ».
Une forumeuse nous donnait ses conseils : changer d'objectifs, puis se centrer sur notre nouvelle recherche (qu'elle pensait être un trio HHF) et donc tout mettre en œuvre pour le réaliser. Son message était réellement gentil, et sûrement plein de bons conseils. Mais tellement éloigné de la réalité de notre couple. Nous n'avions pas « changé nos objectifs », nous espérions toujours rencontrer des couples échangistes avec lesquels nous deviendrions amis, seulement nous avions élargi le champs des possibilités, et décidé de tester une chose qui s'offrait plus ou moins à nous. Oui, nos choix de sortie étaient disparates, car nous voulions tout expérimenter, et nous laisser guider par nos désirs changeants.
Elle conseillait aussi de bien dormir et de ne pas avoir de rapports sexuels avant une sortie en club, pour être en forme. Et là aussi, on ne se sentait pas concerné. Finalement, ce que nous aimions, c'était faire l'amour, prendre du plaisir. Et si on en prenait plus avant ou après une sortie en club, excités par l'image de la sortie, que lors de la sortie elle même, on s'en foutait, c'était notre vie, notre histoire... Nous n'avions pas un objectif de baise en club à tous prix.

Pierre ayant décalé « notre soirée » du Jeudi au Vendredi, nous sommes allés au Moulin aux Anges le jeudi soir. Alors que je finissais de me maquiller, mon téléphone portable a sonné. Une numéro inconnu, qui voulait me parler, m'appelait par mon vrai prénom, mais me demandait si j'étais dans un lieu où je pouvais parler librement du bal des fantasmes.
C'étaient les organisateurs de Netevenement. Ils avaient lu mon texte, trouvé très juste ma description de la soirée et très intéressant d'avoir le regard de personnes qui venait pour la première fois. Il me demandaient l'autorisation d'utiliser une partie de mes écrits dans leur communication, me donnaient des détails plus précis sur le fonctionnement réel et l'origine du Bal des Fantasmes. L'un des photographes de la soirée a également laissé un commentaire très instructif sur mon blog. L'écrivaine en moi, pétrie d'orgueil et aspirant au succès, était absolument ravie. A ce moment là, l'étalage de mon intimité de me dérangeait plus.
Nous sommes arrivés au Moulin.
Et nous avons tout de suite compris qu'il y a soirée « mixte » et soirée « mixte ». Que le Jeudi devait être assez différent du Vendredi décrit par Wismerhill.
Quand nous sommes entrés, il n'y avait qu'un seul couple de présent. Un faux couple. Une femme et « son copain ». La soixantaine, très aguicheuse, cette femme était un bout en train. On voyait aussi qu'elle était clairement là pour se faire sauter, qu'elle aurait le choix, et qu'elle choisirait celui qui lui plairait le plus.
A part eux, sept hommes seuls. Probablement courtois et corrects, sinon on ne les laisserait plus entrer au Moulin, mais clairement à l'affut. Je suis entrée, Hombre à mon bras, et il s'est aussitôt figé. Il a senti le danger avant moi. Nous aurions du repartir. Nous n'avons pas osé. Nous nous sommes réfugiés à l'extrémité du bar et avons grignottés quelques chips en silence, blottis l'un contre l'autre, comme pour se protéger d'une éventuelle agression. Tous les regards étaient sur moi, dès que je faisais un pas, je sentais qu'on m'observait Heureusement que j'avais mis une robe plutôt sage pour une sortie en club, au moins, on ne voyait pas mes fesses comme quand je mets ma robe noire.
Nous nous sommes sentis obligés d'assister au repas. Pourquoi ?
Un autre couple est arrivé, un autre « faux couple », des habitués, très à l'aise. Le repas était épouvantable. En plus, les rares conversations à table qui ne tournaient pas autour du sexe avaient encore plus de quoi nous faire fuir. Nous étions les seuls marseillais, et nous avons eu droit à des discours de droite réactionnaire, parlant de l'insécurité à Marseille, de leur vison des problèmes de banlieue de de l'immigration, des jeunes qui ne paient pas le bus, mais de la police qui est aussi composée de cons comme tous les fonctionnaires.
C'est sans doute encore par « courtoisie », parce que nous avions réservé et n'osions par repartir, que nous sommes restés encore 20 minutes après le repas, recroquevillés sur une banquette, à contempler cette scène pathétique d'une seule femme qui dansait, et de ce troupeau d'hommes prédateurs qui tournait autour. La vieille en tous cas s'amusait, elle ne s'est évidemment pas gênée pour choisir de monter avec le plus jeune et le plus séduisant des hommes présents.
Un autre couple était arrivé après le repas. Comme nous, ils étaient figés sur un canapé et ne bougeaient pas. Ils sont partis en même temps que nous. Un troisième couple, plus intéressant, dansait comme s'ils étaient seuls dans la pièce, capables d'une abstraction qui nous était totalement impossible, dont j'étais réellement admirative. Ils étaient beaux. Dans d'autres circonstance, peut-être...??? Mais pas là, non. Dans la voiture, Hombre m'a dit :
« - Jamais le libertinage ne m'a semblé aussi loin de la notion de liberté. »

Nous avions déjà assisté au côté un peu glauque du club vide, à l'Antre Nous et au Cyrano, mais là, il y avait quelque chose en plus. Hombre était extrêmement mal à l'aise. Moi pas encore. Les angoisses ne m'ont prise que le lendemain matin.

C'était Vendredi. C'était le jour J. Je me suis réveillée avec la nausée.
J'ai repensé au coup de téléphone de Nétévenement et j'ai ressenti une angoisse : ils m'avaient appelée par mon prénom civil et n'avaient eu aucun problème à avoir mon numéro. Moi qui croyait mon texte anonyme. Comment avaient-ils fait ?
Bon, en fait, quand on s'inscrit chez netevenement, on donne son numéro, ses noms et prénoms, et on se choisi un pseudo. J'avais bêtement choisi pour pseudo « Pandemos », le même pseudo que sur mon blog. Je ne suis donc pas très adroite en dissimulation. Mais le fait d'avoir reçu ce coup de fil me perturbait. D'autant que dans la journée, j'ai reçu deux appels inconnus qui ont raccroché. Sûrement une pure coïncidence, mais je tremblais dès que mon portable sonnait. Je n'assumais pas ce que j'avais provoqué en publiant ce que nous vivions. J'avais une peur inconsciente d'être trop sollicitée, par téléphone, par mail, physiquement...

Et j'étais aussi très déstabilisée par l'expérience de la veille au Moulin. Tous mes fantasmes de pluralité masculine avaient disparu d'un coup. Je redevenais la femme de la rue, celle pour laquelle l'homme est une menace, un danger.

Enfin, j'avais reçu un SMS d'Aurélie et Jean-Marc, l'un de nos rares couples d'amis libertins, rencontré au gîte. Nous leur avions proposés une sortie au Sauna de Arles pour le Samedi, et ils me répondaient qu'ils arrêtaient le libertinage, qu'en gros, Aurélie n'avait jamais aimé ça, qu'elle s'était forcée pour faire plaisir à Jean-Marc... Je ne suis pas naïve, je me doute bien, hélas, que ce genre de cas arrive fréquemment, mais je n'imaginais pas que c'était leur cas. Je me sentais triste, perturbée par ces révélations.
J'étais à la maison, censée préparer le repas et l'appartement. Hombre était au travail, je me demandais comment il allait. Je lui ai envoyé un SMS :
  • Ce soir, c'est comme au Moulin hein ? On n'est obligés de rien et on a le droit de le mettre à la porte quand on veut ?
  • Tu as tant le trac que ça ma chérie ? 

Je me suis connectée sur Internet et mon malaise s'est encore accru.
Il y avait un message d'Alex à notre intention en « conversation de groupe » avec Pierre.
En gros, le message était le suivant :

«  Bonjour Pandemos et Hombre. Je ne suis pas de la partie pour votre trio (voir vos trios a venir) mais j'aimerais aussi avoir de vos nouvelles de bons matins histoire de ne pas me sentir "de côté" . Perso je me languis que cette première expérience soit aboutie, trop de questions nous traversent concernant le vécu de Pierre, une première expérience de trio FHH pour lui. Heureuse que ce soit avec vous et « troublée" que ce ne soit pas moi (la femme)...Tu dois comprendre ce que je ressens. Hier nous en avons discuté, sûrement autant que vous en avez discuté aussi. Nous pensions que finalement le fait que je ne sois pas la serait mieux...puis non ! Puis on ne sait pas vraiment. Tous ce qu'on sait c'est que l'un et l'autre on assume le fait d'avoir des envies et besoin différents et aussi a quel point on s'aime pour accepter tous ceci. C'est troublant, excitant ... Ma seule condition, et du coup vous en êtes avertis, c'est que je tiens a faire partie de vos décisions, jours de RV et surtout conversations menées au jour le jour. Je vous embrasse. Je une grande envie de macarons, vivement que tu m'en fasses... »

En dessous, elle avait rajouté
«  Je t'aime Pierre » il avait répondu « moi aussi Alex » et une série de smileys cœurs clôturaient le message.

Ça m'a fait l'effet d'une douche froide.
D'abord parce qu'elle avait en partie raison : Hombre et moi avions un peu oublié que Pierre était en couple avec Alex. Enfin, nous ne l'avions pas oublié, mais tout cela étant très neuf, partant du principe qu'ils faisaient des choses « séparées », nous n'avions plus pensé qu'à lui et conversé qu'avec lui. Ce rappel à la réalité me faisait comprendre la complexité de la situation. Et comme nous désirions ce trio avec Pierre de façon de plus en plus obsessionnelle depuis que la date avait été fixée, je me suis sentie immensément coupable.
Ensuite, j'ai été touchée et émue d'apercevoir ses fragilités à elle. C'est une femme qui me semble tellement forte, résistante à tout. Mais c'est aussi une femme amoureuse. Une femme amoureuse qui a la force d'appliquer ses principes de liberté et de non possession de l'autre, mais qui a un peu peur quand même. Et à cause de moi, de nous, elle ne se sentait pas très bien. Ça m'attristait. Elle traversait peut-être comme moi des petites angoisses, elle n'était pas le roc que j'avais imaginé. Elle était somme toute humaine, une femme, comme nous toutes. Je voulais la rassurer, lui dire à quel point je l'appréciais, et que je ne lui ferais jamais de mal.

Mais ce qui m'a le plus surprise, c'était l'aveu qu'il s'agirait d'une première pour Pierre. Nous les imaginions très expérimentés et très aguerris, faisant régulièrement des trios chacun de leur côté. J'imaginais que notre couple serait si ce n'est « pris en mains », en tous cas « initié » par un homme expérimenté. Pour moi, ça changeait tout. Je trouvais le montage casse gueule. Mais bordel, si c'était une première, pourquoi ne le faisait-il pas avec SA femme comme femme ? Je ne les comprenais pas... Leur façon de faire et leur vision du couple me semblaient si loin de la notre. Et en même temps, je la respectais, j'acceptais qu'il y ait sur terre autant de « visions du couple » que de couples. J'avais conscience aussi de ce que MA vision du couple pouvait avoir de traditionaliste et stéréotypé. Pour moi, l'amitié naissante qu'il y avait entre nos deux couples me semblait bien plus importante que de trouver un partenaire pour un trio, d'autant que je ne savais même pas ce qu'un trio aurait comme répercussions sur notre couple à nous. Je voulais tout arrêter. Pas forcément définitivement, mais ça me semblait prématuré au regard de nos inexpériences respectives.
Paradoxalement, c'est Alex qui a trouvé les mots pour me rassurer et me persuader d'aller au bout. Mais je n'étais pas encore sûre, je voulais l'avis d'Hombre.

Comme il était au boulot, je me suis mise à faire des copier-coller de nos messages facebook pour lui envoyer par mail. Hombre a souvent une vision différente de moi, il a plus la capacité à prendre du recul.
En gros, il m'a dit :

«  Le message d'Alex n'est pas contre nous ma chérie, ni le signe qu'elle veut que la rencontre n'ait pas lieu. C'est plutôt une sorte de mise en garde collective, de rappel des limites pour éviter des dérapages. A mon avis, c'est peut-être même plus destiné à Pierre qu'à nous deux. Laisse les gérer leurs histoires de couple, et concentre toi sur les nôtres. Est-ce que nous, on a envie de ce trio ? Oui ? Alors, si eux ils décident qu'ils en ont envie aussi, on le fait. Même si toi tu ne comprends pas qu'on couple puisse faire ça séparément, ça ne nous regarde pas. Ils sont adultes, c'est leur vie, leurs choix, leur responsabilité. Pour tout te dire, l'inexpérience de Pierre ne m'étonne pas, et me rassure plutôt. Comme ça, de nous trois, je serais sûrement celui qui aura moins le trac et qui devra prendre des initiatives, un peu comme un « chef d'orchestre ». Ça me convient. C'est une place que je préfère à celle de l'homme passif qui assiste aux ébats de sa femme avec un autre. Détend toi, je suis là. Il ne nous arrivera rien que tu n'aies pas désiré. »

Il ne nous arriverait rien que nous n'ayons désiré. Il ne m'arriverait rien que je n'ai désiré... Et si c'était ce qui me faisait le plus peur finalement ? Accepter mes désirs ? Je repensais à cette première sodomie et l'état dans lequel elle m'avait laissée pendant plusieurs jours. Une partie de moi était terrifié à l'idée que cette première expérience en trio puisse être aussi « violente ». Une autre, celle qui était morte de trac, était persuadée que nous n'irions pas bien loin, pas plus loin que ce que j'avais pu faire à l'Absolu.

Mais c'est allé plus loin.

Une femme, plusieurs hommes.
Une sortie mixte au Moulin, une soirée trio chez nous. Sans doute est-ce Hombre qui décrit le mieux le décalage immense qu'il peut y avoir entre ces deux réalités. Je lui laisse la plume.

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