dimanche 24 février 2013

Sortie improvisée au X-Center 4/5

4éme épisode.

Là, je dois faire une nouvelle digression pour vous préciser une chose que je ne cache pas, mais que je ne crie pas forcément sur tous les toits non plus, c’est que je suis une amatrice de films pornographiques. Une vraie. C'est-à-dire que je peux à peu près tout regarder mais que j’ai aussi l’âme de la connaisseuse et de la collectionneuse.

Je prends autant de plaisir et passe autant de temps à manger un chocolat liégeois dans un bain moussant à la vanille en lisant les romans sentimentaux de Penny Jordan ou Nora Roberts, qu’à soupirer lascive sur mon lit une bouteille de rhum à la main en regardant les pires insanités.

J’aime les films interdits des années 30, 40, 50 en noir et blanc. Tournés en 9,5 ou 16 mm par des amateurs militants et des prostituées aventurières voulant se faire quelques sous en plus, le plus souvent dans des maisons closes, mais parfois en plein air (j’ai souvenir d’une scène dans une cabine de plage) alors qu’ils risquaient la prison et l’interdiction d’exercer. Avant de les commander sur Internet, je les ai découverts au « Vidéodrome », l’excellent vidéo-club d’art et essai de la rue Vian.

J’aime la vision à la fois pleine de sensualité et de bonhomie de Tinto Brass. Ses films sont plus érotiques que pornographiques mais dégagent quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs. Et il a contribué à « Caligula » (la version non coupée), qui reste pour moi un film majeur, toutes catégories confondues (avec Malcom Mac Dowell, fabuleux comédien qui tient aussi de rôle principal dans « Orange Mécanique » et qui, du haut de ses 70 ans, brille encore dans des séries actuelles comme « the mentalist » ou « heroes »).

J’aime les héroïnes agressives de Russ Meyer, surtout pour leur plastique, leur esthétisme, et leur violence intérieure, mais ses films finalement m’ennuient un peu.

J’aime les vrais films avec des scènes X qui ne sont pas un prétexte, comme « Short Bus » de John Cameron Mitchell. Que j’ai pu rire dans la scène de « l’œuf vibrant » ! L’héroïne part en soirée et, coquine, se met un œuf vibrant dont elle confie la télécommande à son copain pour qu’il l’excite à distance. Mais le jeune homme en question perd la télécommande qui se retrouve entre les mains de deux autres hommes qui essaient désespérément de changer de chaine de télévision !!!

J’ai plus de mal avec le porno triste, torturé intellectuellement, ou trop intello (genre « Anatomie de l’enfer », de Catherine Breilat). Ainsi qu’avec le sexe dans l’art contemporain. Mais j’essaie de rester ouverte ( !), même si je crois que j’affectionne trop la culture populaire pour me trouver du côté des élites culturelles. J’ai quand même dans ma collection quelques petites vidéos un peu expérimentales, comme « destricted », un projet de rencontre entre art et porno avec des acteurs et des réalisateurs de X.

J’aime la nouvelle génération inventive et décomplexée, qui se lance dans le « Alt Porn » ou les émissions comme « the Shane World ».

J’aime les réalisateurs comme Martin Cognito, capables sans se prendre au sérieux de faire des films excitants, intelligents et un brin politiques.
J’aime les filles comme Ovidie, qui défend un porno au féminin réfléchit et engagé, même si c’est surtout son discours que j’apprécie, car je trouve ses films encore très conventionnels. Mais j’avais bien aimé sa prestation dans le film quasi-documentaire et passionnant « le pornographe » de Bertrand Bonello.

J’aime l’irrévérence du porno, son côté provocateur, alternatif, bousculant, presque révolutionnaire dans une société qui devient de plus en plus coincée, légaliste, sécuritaire. J’aime l’humour qu’on y trouve.
Et l’excitation que ça produit bien sûr, ses gros plans sur ce qu’on ne doit pas dévoiler. Le fait de renouer avec la bestialité qui est en nous, avec un corps animal qui accepte ses pulsions. Le lâcher prise, ce n’est pas qu’une méditation éthérée d’un esprit coupé de son corps. La sexualité brute, c’est le lâcher prise physique, l’abolition de la pudeur, l’acceptation du corps en entier, ses sécrétions, ses gaz, ses odeurs, ses gouts, ses bruits, ses imperfections, ses douleurs…

Bref, j’aime le porno et je bénie Internet pour la facilité avec laquelle on peut se renseigner, choisir et commander des films.
En dehors d’Internet, j’affectionne aussi le magazine « hot vidéo » pour ses critiques très précises et ses suppléments de qualité.

Oui, mais…
Il est déjà plus difficile d’acheter en kiosque « hot vidéo » que de passer commande virtuellement. Je ne l’achète d’ailleurs pas chez le buraliste où je prends régulièrement mon « Causette » et mon « Journal Des Professionnels de l’Enfance ».
Je vais dans une « maison de la presse » anonyme, à la gare ou dans une grande surface, et j’ai toujours un peu honte. Du genre, avant de le poser en caisse, je le glisse entre « Toupie » et « J’aime lire » l’air de rien…
Alors acheter un film porno dans un sex-shop, là, je passais carrément à l’étape au dessus.

Je pris à nouveau mon courage à deux mains pour demander au vendeur : «
- Vous avez des films à la vente ?
- Oui, vous avez des promos dans les bacs, là, et sinon, les films à la location sont aussi à la vente ».

Je jetai vaguement un œil dans ce qu’il appelait les promos et y trouvait exactement ce que je redoutais : des gonzos de merde, des films à moitié amateurs, sans intérêt, tournés n’importe comment avec des actrices inconnues, probablement des pauvres filles exploitées persuadées d’obtenir des papiers ou un avenir dans le cinéma en se faisant maltraiter sexuellement, à moitié droguée, devant un caméra. Le genre de film qui enchaine les scènes quasi identiques sans aucun effort de montage.
Si certains ont une free-box et ont voulu essayer « frisson Extrème », la chaine la moins chère du panel de Vidéos à la demande, c’est le genre de truc qu’on y trouve. Je crois qu’il faut vraiment avoir 17 ans et être plein de sève, ou être abstinent depuis plusieurs mois et sacrément en manque, pour réussir à s’exciter avec ça.

Ce que je craignais était en train de se produire, j’allais devoir faire un tour du côté de la « force obscure », dans les sympathiques rayonnages que je vous ai décrit précédemment, et où quelques hommes déambulaient déjà.

Je repérai vite, pas trop loin de l’entrée, le toucan rassurant des productions « Marc Dorcel » . Prenant un film au hasard je cherchai le prix. Rien. Juste un autocollant avec un numéro de série. Et me revoilà près de la caisse à m’adresser au vendeur. «
- Excusez moi, je n’ai pas très bien compris où sont les films à la vente en dehors des promos ?
- Dans les rayons. Ce sont les mêmes que ceux à la location.
- Mais je n’arrive pas à trouver le prix.
- C’est normal, on ne les a pas mis, puisqu’ils sont à la location. Vous choisissez un film, vous me l’amenez, et je vous dis le prix.
- Ah… Euhhhhh… Vous pouvez quand même me dire autour de combien ça tourne ?
- Entre 25€ et 45€.
- Merci »

C’était d’un pratique leur truc !!!
Je ne sais pas qui a pensé cette organisation, mais pas quelqu’un qui a conscience de la difficulté que représente, pour la majorité des gens, le fait d’acheter un film pornographique !

Je retournai donc la mort dans l’âme, comme on va à l’échafaud, dans le dédale de DVD. Et, pas le moins du monde émoustillée, j’essayais de trouver quelque chose correspondant à mes goûts et à ceux de mon chéri, en prévision d’une soirée à deux.

J’en étais là lorsque je sentis une présence derrière mois et que j’entendis ces mots : «
- Je peux vous inviter au cinéma ? »

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